- Le nom vient du grec orchis, employé par Théophraste au IVe siècle avant notre ère.
- La vanille est la seule orchidée cultivée à grande échelle comme épice.
- Au XIXe siècle, l’orchidomanie victorienne a fait la fortune des pépinières et ravagé des forêts.
- La culture in vitro, du semis sans champignon au clonage, a rendu le phalaenopsis accessible à tous.
Aujourd’hui, on achète une orchidée en faisant ses courses. Il y a cent cinquante ans, la même plante pouvait coûter une petite fortune et avoir traversé l’océan pendant que des dizaines d’autres mouraient dans la cale. Voici les grandes étapes de l’histoire des orchidées, en nous en tenant aux faits bien établis.
01Dans l’Antiquité, une plante de médecins
Le mot vient du grec orchis, le testicule. Théophraste, élève d’Aristote, l’emploie au IVe siècle avant notre ère pour des orchidées terrestres de Méditerranée, dont les deux tubercules évoquent cette forme. Au Ier siècle, le médecin grec Dioscoride les décrit dans son grand traité des remèdes : on leur prête alors des vertus sur la fertilité, une idée qui traversera le Moyen Âge sans jamais être démontrée.
L’usage n’a pas disparu : en Turquie, les tubercules de certaines orchidées terrestres donnent encore le salep, une farine qui épaissit boissons chaudes et glaces, au détriment des populations sauvages.
En Asie, l’histoire est plus esthétique. En Chine, les Cymbidium parfumés sont cultivés et chantés par les lettrés depuis l’Antiquité, et au Japon le petit Neofinetia faisait l’objet d’une culture raffinée bien avant l’arrivée des Européens. Leurs symboles sont détaillés dans la page sur la signification de l’orchidée.
02La vanille, l’orchidée qui a fait le tour du monde
Les Totonaques du Mexique cultivaient la vanille, et les Aztèques l’utilisaient pour parfumer leur boisson au cacao. Les Espagnols la rapportent en Europe au XVIe siècle. Mais une fois plantée dans les colonies tropicales, la liane fleurit sans jamais donner de gousses : les insectes qui la pollinisent au Mexique n’existent pas ailleurs.
La solution vient de l’île Bourbon, l’actuelle Réunion. En 1841, Edmond Albius, un jeune esclave d’une douzaine d’années, met au point un geste de pollinisation manuelle à l’aide d’une fine baguette. Ce geste, toujours pratiqué fleur par fleur, a permis la culture de la vanille dans l’océan Indien, d’où le nom de vanille Bourbon. Madagascar en est aujourd’hui le premier producteur. Si vous n’avez jamais regardé de près des gousses de vanille de Madagascar, sachez que chacune est le fruit d’une fleur fécondée à la main.
03L’orchidomanie victorienne
Quelques orchidées tropicales fleurissent en Angleterre dès le XVIIIe siècle, mais c’est au début du XIXe siècle que les arrivages se multiplient. L’histoire veut que William Cattley, riche négociant et collectionneur de plantes, ait fait fleurir une plante arrivée du Brésil comme simple matériel d’emballage : elle a donné son nom au Cattleya. Vraie ou embellie, l’anecdote résume l’époque.
Les débuts sont meurtriers : persuadés que toutes les orchidées viennent de jungles étouffantes, les jardiniers les enferment dans des serres surchauffées et sans air. Il faudra des praticiens attentifs, comme Joseph Paxton au domaine de Chatsworth, pour comprendre que beaucoup poussent en montagne et réclament fraîcheur et ventilation.
La caisse de Ward, une petite serre vitrée et close mise au point dans les années 1830, permet enfin aux plantes de survivre à des mois de voyage. Les orchidées se vendent alors aux enchères à Londres, parfois très cher : en posséder devient un signe de fortune et de goût.
04Le temps des chasseurs d’orchidées
Pour alimenter cette demande, les grandes pépinières, comme celle de Frederick Sander, surnommé le roi des orchidées, ou la maison Veitch, envoient des collecteurs dans les Andes, au Brésil, en Birmanie ou en Nouvelle-Guinée. Ces chasseurs d’orchidées affrontent les fièvres, les chutes et les naufrages ; plusieurs n’en reviennent pas. La concurrence est féroce, et certains indiquent de fausses localités pour égarer leurs rivaux.
Leurs méthodes sont brutales. On abat des arbres entiers pour récolter les épiphytes perchées dans la canopée, on expédie les plantes par milliers, et des sites naturels sont vidés de leurs populations. Ce pillage explique en partie la protection dont bénéficient aujourd’hui toutes les orchidées, décrite dans notre page sur les orchidées protégées.
Le conseil d’Alysson. Si vous achetez une espèce botanique rare, demandez toujours si elle est issue de semis ou de culture en laboratoire. Une plante cultivée s’acclimate mieux, et elle ne prive aucune forêt de ses fleurs.
05La science s’en mêle : Darwin et les premiers hybrides
En 1862, Charles Darwin publie un livre entier sur la façon dont les insectes fécondent les orchidées. Devant l’Angraecum sesquipedale de Madagascar, dont l’éperon (le tube qui contient le nectar) mesure 25 à 30 cm, il prédit l’existence d’un papillon à trompe tout aussi longue. Ce sphinx sera décrit au début du XXe siècle, plus de vingt ans après la mort de Darwin, et baptisé praedicta, « le prédit ».
À la même époque, John Dominy, jardinier de la pépinière Veitch, réussit le premier hybride artificiel d’orchidée à fleurir, un Calanthe, en 1856. Les hybrideurs se multiplient, si bien qu’il faut tenir un registre des croisements. Il existe toujours, confié à la Société royale d’horticulture britannique : voyez notre page sur les hybrides d’orchidées.
06Du laboratoire au salon : la culture in vitro
Les graines d’orchidée sont fines comme de la poussière et n’ont presque aucune réserve. Au début du XXe siècle, le botaniste français Noël Bernard montre que, dans la nature, elles ne germent qu’avec l’aide d’un champignon microscopique. Dans les années 1920, l’Américain Lewis Knudson les fait germer sans champignon, sur un gel sucré stérile : c’est la naissance du semis in vitro.
Au début des années 1960, le Français Georges Morel met au point le clonage par culture de méristème, le minuscule tissu de croissance d’une pousse, sur des Cymbidium. On peut désormais produire des milliers de plantes identiques à partir d’une seule. À la fin du XXe siècle, des serres spécialisées produisent le phalaenopsis à la chaîne : il devient l’une des plantes en pot les plus vendues d’Europe, à un prix qui aurait fait rêver un collectionneur victorien.
07Les grandes dates à retenir
| Repère | Ce qui se passe |
|---|---|
| IVe siècle avant notre ère | Théophraste nomme les orchis |
| Ier siècle | Dioscoride les décrit parmi les remèdes |
| XVIe siècle | La vanille arrive en Europe |
| Années 1830 | La caisse de Ward permet de transporter des plantes vivantes |
| 1841 | Edmond Albius invente la pollinisation manuelle de la vanille |
| 1856 | Premier hybride artificiel d’orchidée en fleur, un Calanthe |
| 1862 | Darwin publie son livre sur la pollinisation des orchidées |
| Années 1920 | Premiers semis sur gel sucré, sans champignon |
| Années 1960 | Clonage par culture de méristème |
| Fin du XXe siècle | Le phalaenopsis devient une plante de grande consommation |
Pour prolonger le voyage, un bon livre sur l’histoire des orchidées raconte en détail les expéditions et les grandes collections de l’époque.
FAQQuestions fréquentes
Qu’est-ce que l’orchidomanie ?
On appelle orchidomanie la passion dévorante pour les orchidées tropicales qui a saisi l’Angleterre victorienne au XIXe siècle, puis une partie de l’Europe. Les plantes, rapportées à grands frais d’Amérique du Sud ou d’Asie, se vendaient aux enchères à des prix considérables, et posséder une serre devint un signe de prestige. Cette mode a nourri la recherche botanique, mais elle a aussi vidé des sites naturels entiers.
Qui étaient les chasseurs d’orchidées ?
C’étaient des collecteurs envoyés au XIXe siècle par les grandes pépinières européennes dans les forêts d’Amérique tropicale, d’Asie ou d’Océanie, pour rapporter des orchidées inconnues. Ils affrontaient fièvres, accidents et naufrages, et beaucoup ne sont pas revenus. Pour garder leurs trouvailles secrètes, certains brouillaient les pistes. Leurs méthodes étaient souvent destructrices : arbres abattus, populations entières arrachées par milliers de plantes.
D’où vient le nom orchidée ?
Il vient du grec orchis, qui signifie testicule. Le philosophe Théophraste l’a employé au IVe siècle avant notre ère pour désigner des orchidées terrestres de Méditerranée, dont les deux tubercules souterrains rappellent cette forme. Le mot est passé au latin, puis aux langues européennes, et désigne aujourd’hui toute la famille des Orchidaceae, l’une des plus vastes du monde végétal avec plus de 25 000 espèces.
Pourquoi les orchidées sont-elles devenues si bon marché ?
Grâce à la culture in vitro. Depuis les années 1920, on sait faire germer les graines sur un gel sucré stérile, sans le champignon dont elles ont besoin dans la nature. Puis, à partir des années 1960, le clonage par culture de méristème a permis de reproduire une même plante en très grand nombre. Produits en serres spécialisées, les phalaenopsis sont devenus à la fin du XXe siècle une plante de grande consommation.




